Ils ne savaient pas que c'était une guerre

Premier bilan des échanges avec les spectateurs après les projections

Premier bilan des échanges avec les spectateurs après les projections

« Témoignages sur des témoignages »

Texte rédigé par le réalisateur, Jean Paul Julliand, après avoir participé à plus de cinquante projections débats du film « Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! »

Des témoignages « en public » et des témoignages en quasi « privé ».

J’ai rédigé ce premier bilan à partir de témoignages entendus, soit publiquement via un micro au sein de salles de cinéma parfois bien remplies, soit lors des échanges, beaucoup plus informels et quasi privés, qui suivent toujours les débats publics… A noter que les récits les plus « dérangeants » – pour leurs auteurs en tous cas – se sont produits, la plupart du temps, lors des échanges « privés » ; ce qui n’est pas sans signification sur les tabous qui pèsent encore sur les mémoires.

 

Premier bilan de participation des diverses mémoires.

Lors de cette tournée, j’ai entendu des témoignages de presque toutes LES grandes catégories de mémoires. Celle des harkis n’a été évoquée directement qu’une seule fois, par la fille de l’un d’entre eux. Evidemment, la mémoire des anciens appelés s’est assez largement exprimée. Des proches (enfants, voisins, amis) d’ex-membres du FLN ont eux-aussi parlé. Un ancien FLN s’est exprimé et a même accompagné le film à plusieurs reprises (Djoudi Attoumi) en compagnie de son copain d’aujourd’hui (Albert Nallet), lui-même ex-appelé en Algérie. Des spectateurs d’origines Algérienne (sans rapport affiché avec le FLN) ont aussi pris la parole. Des rapatriés d’Algérie d’origine européenne se sont exprimés, se baptisant eux-mêmes « Pieds noirs ».

A noter surtout que, dans la plupart des débats, les spectateurs, n’entrant dans aucune de ces « mémoires », se sont plus – voire beaucoup plus – exprimés que ceux qui semblaient, a priori, les plus directement concernés. Pour poser des questions ou réagir au film, c’est compréhensible. Pour donner un avis sur le rapport entre le film et les réalités d’alors, cela l’est peut-être moins. Il est clair, notamment, que la « réserve » des anciens appelés reste très forte quand il s’agit d’aborder leurs vécus.

Je pense ici à une soirée, où les appelés présents ont longuement dialogué avec moi après le débat, mais n’ont pas dit un mot durant les échanges publics, qui ont pourtant duré une bonne heure. Au-delà des « progressistes actuels » qui veulent se renseigner (ou qui connaissent) cette phase tragique de notre histoire, j’ai pu entendre beaucoup de « fils de… », « de filles de… », « de frères ou sœur de… », etc. qui avouent – souvent de façon très émouvante – être venus chercher dans le film des réponses aux silences familiaux. « Ce soir, j’ai enfin entendu mon frère… » avoue au micro une spectatrice.

D’autres témoignages ont porté sur des expériences vécues en Algérie après 1962 ; y compris dès septembre 62. Exemple : une ex-jeune institutrice – 20 ans à l’époque – raconte avoir obtenu un poste en Kabylie avec son mari, lui-même ex-instituteur en Algérie en tant qu’appelé. Précision dramatique : son séjour de plusieurs années « globalement positif » débute par le nettoyage du sang des anciens harkis assassinés dans la cour de son école, juste avant la rentrée scolaire.

Enfin, deux séances tests devant des lycéens ont données deux résultats très différents. A Avranches, une projection anticipant le cours sur la guerre d’Algérie (pour des raisons de calendrier contraint de ma part) débouche sur un simple dialogue entre les enseignants d’HG et moi-même. A Mantes la Jolie, une projection située au cœur d’un dispositif d’ensemble sur la guerre d’Algérie, provoque le plus long échange de toute la tournée, avec des questions et des réflexions sans fin de la part des élèves.

 

Des nuances au sein des grandes catégories de mémoires.

Ma plongée de deux années au cœur de cette thématique me pousse à penser que les mémoires au sein même de l’une ou l’autre de ces grandes catégories sont à nuancer. Évidemment selon les vécus individuels. Chez les anciens appelés, le fait que la guerre d’Algérie soit une guerre « éclatée » – en plus d’être dissymétrique entre le « fort » et le « faible » –, m’a permis d’entendre très souvent « Il y a 1 400 000 guerres d’Algérie… ». Autrement dit, chacun des appelés – qui citent peut-être cette phrase car elle a été maintes fois publiée dans les revues des associations d’anciens combattants – a vécu SA guerre… C’est en grande partie vrai. Selon les périodes, les armes, le commandement local, la région ou la ville, etc. les vécus ont visiblement été très différents.

Mais je m’interroge si le fait que les appelés – qui pour la plupart ne parlent jamais entre eux de leur activité réelle en Algérie –, ne (se) sont pas entretenus dans cet état d’isolement par les tabous qu’ils n’osent aborder franchement, à l’image de nombre d’organisations d’anciens combattants, quand celles-ci ne se situent pas dans le déni pur et simple, notamment de la sale guerre et du fait colonial.

 

Des catégorisations semblent néanmoins repérables, au fil des témoignages des anciens appelés.

Les mémoires des appelés issues des grandes villes des années cinquante ne me semblent pas les mêmes que celles des incorporés vivant alors à la campagne ou dans des petites villes. A noter que les « ex-ruraux » m’ont parus fortement représentés dans les projections-débats. Est-ce à l’image de la conscription de l’époque ? Autrement dit, les ruraux, plus résistants physiquement et moins politisés, ont-ils été plus incorporés que les fils des grandes villes ? Je n’ai pas la réponse. –

Les personnes, alors impliquées politiquement à gauche (PCF, JAC, JOC, etc), n’ont pas toujours les mêmes souvenirs que les appelés qui se disent (ou ne se disent pas) « apolitiques », voire « ouvertement de droite ».

Les syndiqués d’alors (souvent travaillant en grande ville par ailleurs) et les non-syndiqués semblent avoir vécu différemment ces « évènements ».

Les niveaux d’études – qui peuvent avoir joué sur l’âge de départ en Algérie via les sursis, mais aussi sur les fonctions assumées, avec la possibilité offerte à certains étudiants de devenir à terme aspirants – semblent peser aussi sur les vécus ; en tous cas, avant le départ en Algérie, ainsi que pendant la guerre. Mais j’ose l’hypothèse que sur « l’après Algérie », des tabous pèsent aussi sur les « ex-étudiants », même si c’est sous d’autres formes que pour les « ex-certificats d’études ». Rappelons qu’en 1954, seuls 7% d’une classe d’âge possède le bac.

Pour les citoyens non appelés en Algérie…

Ce qui frappe le plus – et confirme la justesse du titre du film et du livre – est que les mémoires semblent très dépendantes du degré de proximité avec les personnes directement concernées par cette guerre. Il serait intéressant de vérifier si ce phénomène a été le même lors des « grandes guerres ». Si j’en crois divers récits ou écrits, la France entière semble suivre de près l’évolution des rapports de forces (etc.) en 1914/18 ou en 1939/45. Apparemment, il en a été tout autrement entre 1954 et 1962 ; d’où des mémoires beaucoup plus « écartées » entre les directement concernés et les non directement concernés.

Les « pieds noirs »…

Ceux qui se sont exprimés lors des échanges étaient, pour la plupart, très jeunes à l’époque où ils vivaient en Algérie. Arrivés en métropole entre cinq et quinze ans, ils témoignent de façon très diverses. Difficile pour moi d’analyser, si cette diversité est due aux vécus individuels d’alors et/ou aux évolutions connues depuis, dans leur vie familiale, professionnelle, associative, syndicale, politique, etc. Souvent leurs interventions débutent par la précaution oratoire « Avec le recul… », même si, ensuite, les affects prennent parfois le dessus de façon très compréhensible.

La question des inégalités entre les divers groupes sociaux qui peuplent l’Algérie d’alors est parfois occultée, voire niée. « Gamins, on jouait tous ensemble dans la cour. ». Mais dès que des infos précises – présentes dans le livre, mais pas explicites dans le film – sont apportées, par exemple sur les niveaux de vie médians des populations d’origine européenne, populations d’origine algérienne et populations métropolitaines, la question – parfois abordée – de la « repentance » se déplace assez facilement vers celle de la nécessaire « connaissance historique », comme préalable à tout dialogue.

 

Les spectateurs adultes d’origine algérienne qui se sont exprimés ont tous montré une connaissance très fine de cette période complexe, s’exprimant sans haine, mais parfois avec émotion sur les drames vécus par leurs proches, acteurs et/ou victimes de la guerre. Il est évident que la situation (projection-débat au sein d’une salle de cinéma) a joué un rôle de « sélection » de ces spectateurs. A noter que l’association « Mémoire et réconciliation » de Vénissieux (69) a choisi ce film, en 2017, pour organiser un échange lors de l’anniversaire du 17 octobre 1961. Échange parait-il passionnant auquel je n’ai pu participer, étant ce soir-là à l’autre bout de la France… pour une autre projection.

 

Les anciens appelés au cœur de contradictions difficile à vivre… donc à dire.

Une première série de contradictions vécues – le plus souvent non formulées – par les anciens appelés me parait se situer entre « le discours sur la colonisation » et « le discours sur l’Algérie c’est la France »… La plupart des anciens appelés avouent – ou sont victimes sans l’avouer –, lors de leur départ en Algérie, une méconnaissance forte du fait colonial. Ils sont très nombreux à l’époque à ne pas avoir repéré que la politique coloniale est une voie historique « sans issue », voire « criminelle ». Certains d’entre eux affichent encore aujourd’hui cette posture. Ils ne sont pas les seuls dans la France actuelle. D’autres avouent que s’ils avaient su à l’époque, ils auraient fait autrement… sans dire exactement quoi.

Il faut rappeler que, jusque dans les années cinquante, la colonisation est présentée comme « allant de soi » dans les discours politiques de droite et d’une certaine gauche, mais aussi au sein de l’École et des grands moyens de communications : journaux et radios. Plus d’un siècle durant, les rencontres avec l’autre – l’indigène – sont passées par des zoos humains, des expositions coloniales, l’iconographie et les publicités de type « Y a bon Banania ! », etc.

De façon plus insidieuse, une image du musulman fourbe et dangereux s’est construite. Elle a été entretenue dans un certain imaginaire collectif, notamment suite aux résistances à la colonisation militaire des populations vivant alors en Algérie. Des populations victimes à plusieurs reprises de massacres depuis 1832 et qui ont lutté à plusieurs reprises contre les Français. Sans oublier les crises racistes qui ont sévi en France comme « la crise de Sidis » lors des années vingt, suivie par une autre crise anti-métèques au début des années trente.

Les contributions très importantes des troupes « coloniales » à la guerre de 14/18, à celle de 1940, ainsi que lors de la libération de la France en 1944, ont été sous-estimées, voire ignorées ou même cachées.

Dans de telles conditions, pour un appelé, comment situer, entre 54 et 62, son action militaire et/ou pacificatrice dans une Algérie, qui est, à la fois, la France avec ses trois départements… et, en même temps, une région où vivent des indigènes, au sens institutionnel du terme ; autrement dit des êtres humains, dont les droits ne sont pas les mêmes que ceux des « colons », puisque régis par le code de l’indigénat.

Lors de plusieurs échanges, j’ai bien senti que les infos historiques apportées, par d’autres spectateurs ou par moi-même, aident nombre d’anciens appelés à mettre des mots sur leur malaise. Certains semblent alors prendre conscience des impasses dans lesquelles ils étaient alors placés par une hiérarchie militaire appliquant les ordres de politiques, d’une part fluctuant suivant les périodes, mais surtout occultant les questions de la colonisation. Plusieurs d’entre eux m’ont paru déchirés à chaque fois qu’ils reconnaissaient que l’Algérie était d’abord une colonie.

Autrement dit, nombre d’appelés me semblent, encore aujourd’hui, victimes de l’absence d’un vrai recul historique, politique, voire idéologique, sur cette période. L’utilisation de concepts actuels semble aider à faire avancer leur rapport au passé. Parler de colonie de peuplement, au sein de laquelle était instauré institutionnellement – via le statut de l’indigénat – et pratiquement, dans la vie de tous les jours, un quasi apartheid – 10% de la population d’origine algérienne scolarisée en 1954 –, m’a semblé être une véritable révélation pour certains ; au sens où enfin des mots étaient mis sur leur malaise. Évidemment, un tel discours était ultra minoritaire à l’époque de leur incorporation.

 

Une deuxième série de contradictions me semble liée à ce que l’on nomme « la sale guerre ».

On sent bien que pour sortir de ce malaise, certains anciens appelés tentent de mettre dans une balance sinistre les apports positifs de leurs séjours en Algérie, en tant qu’infirmiers, instituteurs, postiers, etc. face aux ignominies qu’ils ont vues, entendues ou sues, y compris pour certains beaucoup plus tard. « On a fait des bonnes choses quand même… » ont répété plusieurs appelés, visiblement marqués à vie par les drames d’alors.

Lors des échanges quasi privés, j’ai reçu quasiment des « aveux » sur leur impuissance et leur malaise face à la sale guerre. Quelques-uns m’ont même avoué à demi-mots avoir été impliqués dans des faits que, visiblement, ils jugent aujourd’hui immoraux. Quelques exemples parmi des centaines. L’un d’eux reconnait simplement avoir ouvert une porte dans sa caserne et l’avoir refermée immédiatement ; sous-entendu dans cette pièce « ON » torturait. Un autre raconte comment sa section provoquait des situations qui poussaient divers groupes Algériens à se tuer entre eux (MNA contre FLN, mais aussi au sein du FLN). Un autre raconte avoir bombardé, plusieurs jours durant de 8H00 à 17H00 au canon de 150 (je crois) des cibles dont il ne connaissait que la latitude et la longitude ; cibles situées à plus de quinze kilomètres de lui. « Je sais bien que je ne tirais pas sur des chiffres, mais sur des êtres humains… ».

Un autre avoue avoir été contraint de participer à une corvée de bois par un supérieur qui le menaçait avec une arme. Un autre – aujourd’hui responsable départemental à la FNACA – raconte, qu’alors chargé d’une fonction de police militaire, il reconduit, à son régiment un appelé saoul. Ce « délinquant » se défend devant ses supérieurs en dénonçant d’autres appelés violeurs de femmes algériennes, qui, cette fois-là, sont punis par la hiérarchie. Etc.

Évidemment, l’horreur pratiquée comme réaction à horreur vécue est parfois avancée comme justification. « Après avoir retrouvé des camarades de ma compagnie égorgés avec les parties génitales enfoncées dans bouche, on devient haineux… », reconnait l’un d’eux. Il faut noter que le film est parfois vécu comme déséquilibré, ne mettant pas assez en évidence les horreurs vécues ou connues par les appelés. C’est vrai. Est-ce dû à ma façon de poser les questions lors des interviews ? Est-ce dû aux vécus des quinze anciens appelés concernés ? Est-ce dû à une certaine pudeur de leur part ?

Si l’on ne tient compte que de la macabre comptabilité très déséquilibrée des morts appelés et ceux de la population d’origine algérienne, le dosage n’est pas si aussi faux que cela au niveau historique. Mais il est sans doute déséquilibré sur le plan des mémoires des appelés.

Nombre de témoignages montrent que l’organisation, quasi institutionnelle, des tabous s’est instaurée dès le début des « évènements ». Parlant au micro devant cent personnes, un appelé, chargé en métropole du rapatriement des morts en Algérie de sa région militaire via un camion banalisé, nous apprend qu’il a des rendez-vous en pleine campagne avec les corbillards locaux ; un exemple parmi d’autres qui montre combien la volonté de cacher les réalités était là dès le départ.

La question des « bénéfices » de cette guerre apparait parfois au fil des échanges. Visiblement, l’échec, encore actuel, de presque toutes les décolonisations complique les bilans ; à croire que la colonisation porte en elle les germes d’une décolonisation impossible ou pour le moins longue et conflictuelle… Un spectateur me semble avoir bien résumé le bilan dramatique de cette période. « La guerre d’Algérie n’a fait que des cocus, les harkis étant peut-être les plus touchés…sauf une minorité de colons très riches, qui a très bien su tirer les marrons du feu… ».

A l’issue de cette tournée, un second livre pourrait voir le jour… si j’avais pris des notes et des références lors de ces récits ; ce qui n’était évidemment pas le but. En revanche, ces échanges démontrent combien le besoin de parler pourrait naitre chez les anciens appelés, si les conditions étaient créées pour qu’ils le fassent en confiance.

Sur ce plan, je ne peux passer sous silence, les relations incompréhensibles de la direction nationale de FNACA (principale organisation d’anciens combattants en Algérie) avec le film et le livre « Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! ». En 2015, je suis reçu au siège national de la FNACA. Le GAJE (Guerre d’Algérie Jeunesse Enseignement) organise ce jour-là une projection privée pour quelques responsables. La FNACA, à l’issue de la projection, achète vingt-cinq DVD du film. Un encart sur la sortie de ce DVD est publié dans le journal « L’ancien d’Algérie ». Nombre d’anciens appelés achètent donc le DVD via la FNACA.

Mais, lors de la sortie en salles de cinéma, la FNACA nationale, sollicitée pour communiquer sur cet évènement, volontairement programmé le 19 mars 2017, change d’attitude et, soudain, fait tout pour blacklister le film. La raison invoquée est « surréaliste ». L’un des interviewés raconte avoir assisté au viol opportuniste d’une femme, lors d’une patrouille composée en partie d’appelés. Il précise que toute la patrouille n’a pas participé. Il reconnait surtout qu’il a été traumatisé de ne pas avoir pu/su s’opposer à ce viol. Dans un premier temps, mon interlocuteur espère visiblement que je retire ce passage du film, voire que je le raccourcisse (il ne dure même pas une minute sur 52’).

Lors de la sortie du livre, des communiqués internes à la FNACA sont envoyés à tous les responsables départementaux de cette organisation – sans m’en faire copie, alors que je suis directement mis en cause – leur demandant de tout faire pour ne pas communiquer sur ce film.

Immédiatement des séances, prévues en partenariat avec des comités locaux de la FNACA, sont annulées, comme à Macon (71) ou à Cruas (07). Nombre de projections se déroulent portant dans des salles pleines d’adhérents FNACA, sous l’impulsion de comités locaux comme à Cournon (63), Saint Jean de Bournay (38), Morestel (38), Pont St Esprit (29), St Bonnet le Château (42), etc… Un comité me remet même la médaille d’honneur de la FNACA…

Le film, en revanche, est soutenu par l’ARAC, la 4ACG, le mouvement pour la paix, les amis du monde diplomatique… Mais nous sommes là plutôt entre « convaincus »… Néanmoins, je ne perds pas l’espoir que cette situation stupide évolue.

Je conclurai par un épisode anecdotique, mais significatif du choc et des limites des mémoires. Dans une salle bien remplie, un ancien appelé témoigne de sa surprise lors de ses premiers jours à Alger. Son comandant prononce un beau discours sur le thème « Ici c’est la France… ». Mais quelques heures plus tard, l’appelé n’arrive pas à payer une boisson dans un bar avec de l’argent de métropole, car, selon lui, une autre monnaie a cours en Algérie. Dans la seconde qui suit un « pied noir » bondit et crie au mensonge. Pour lui, la monnaie de l’époque était identique à celle de métropole. L’échange entre les deux mémoires devient sans issue. Chacun reste sur sa position. Je pose la question de l’âge à l’époque du rapatrié. Il reconnait avoir eu… dix ans en 1962. Mais une piste de sortie vient d’un autre spectateur, visiblement d’origine algérienne, qui se lève et me remet une pièce de monnaie ; que je garde encore avec moi dans tous les débats. Une face est identique à mon souvenir des pièces d’alors, avec la tête de Marianne et le texte « République Française ». Mais l’autre face affiche en gros « Algérie »… Les contradictions se nichaient alors jusque dans la monnaie. Jean Paul Julliand

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